Créativité et dynamique de groupe

A l’agence b. nous sommes régulièrement sollicités pour dispenser des cours dans de nombreuses universités et filières.

Dans ce cadre, je (Jennifer) suis intervenue à l’IUT Brest-Morlaix pour un cours de 14h intitulé “Créativité et Dynamique de groupe”.

Il a donc fallu réfléchir à ce nouveau cours en essayant d’être soi-même créative, en effet, réaliser un cours magistral de 14h sur la créativité me semblait pas du tout respecter le sujet… créer une dynamique de groupe sans savoir si les étudiants s’entendent bien entres eux… challenge peu évident.

Alors, oui je vois fleurir nombre incalculable d’articles sur des teambuilding ou des travaux de stimulation des salariés à base de Lego ou autres jeux enfantins. Alors je suis la première à acheter le calendrier de l’avent Star Wars tous les ans et à baver devant les rayons de Lego dès que je suis dans un magasin de jouets… mais je n’étais pas inspirée ni emballée pour ce type de sujets.

J’avais 3 mois avant le début du cours et je gardais dans un coin de ma tête ce cours que je devais préparer… avec un genre de néant dans mon esprit, moi qui ai toujours le cerveau en ébullition.

Jusqu’au jour où l’évidence s’est présentée à moi.

Nous allons créer un escape game en 14h de cours.

J’ai appris entre temps que j’avais un sous-groupe à gérer donc 6 étudiants sur cette thématique. Agencement parfait ! Concernant les escape game, j’ai participé à 6 d’entre eux sur Brest et Paris donc je connais plutôt bien le fonctionnement.

J’ai commencé par aller acheter Unlock le jeu de société qui est un escape game de plateau en 1h / partie avec 3 scénarios et 3 niveaux de difficultés. En effet, je pensais (à raison) que certains des étudiants n’en avait jamais fait, je voulais qu’ils soient un peu sensibilisé au principe et au fonctionnement général.

2 journées de cours

Jour 1

Le premier jour, j’ai débuté par un cours magistral de 1h pour expliquer le principe du brainstorming, les grandes notions autour de la créativité et j’ai beaucoup parlé d’intelligence collective [le livre que j’avais lu quelques mois plus tôt m’a été bien utile (SuperCollectif de Emile Servan-Schreiber). Cours classique d’un point de vu des étudiants qui ne s’attendaient pas encore à la suite des événements.
S’en est suivi pas mal de discussions, réactions à mon petit CM d’une heure et j’annonce que nous faisons immédiatement la pause (puisque ce qui est prévu par la suite ne le permettra pas).

Retour de pause caféinée / nicotéinée sous un soleil radieux, je sors Unlock de mon sac et je leur annonce “donc maintenant je vous propose de faire un jeu de société”.
Réaction assez unanime des étudiants : “ah ah mais bien sûr, vous rigolez non ?”
Je ne rigolais pas, d’ailleurs je ne rigole jamais moi ;-)… On bouge les tables, je leur demande qui a déjà fait un escape game en salle en tant que participants (1 seul sur 6), et je leur explique qu’un escape game de plateau c’est un peu différent mais le principe des énigmes, des thématiques est le même.
Explication des règles, ils sont lancés tous les 6 sur Unlock pendant un peu plus d’une heure sur le scénario “la nuit des croquemitaines”.
Ça leur a beaucoup plu (forcément) !

Pause déjeuner.
Retour en cours, il est 13h.

Je leur annonce alors que nous allons créer notre escape game !

Stupeur générale et sourires, ils sont super emballés par l’idée. Je ne leur mens pas toutefois, je leur avoue que je n’en ai jamais créé moi-même mais qu’on va surtout mettre en œuvre tous les moyens pour créer un escape game : créativité et travail de groupe à l’honneur donc !

Premier travail : trouver la thématique (30 minutes) et ce sans ordinateurs

Brainstorming à 6 (je me force à ne pas donner d’idées mais c’est difficile de ne pas parler !).
On écrit toutes les idées mêmes celles où un fou rire général se lance tellement c’est “débile” d’après leurs termes, mais nous ne sommes pas là pour juger, juste noter la moindre idée qui est envisagée.
Arrive alors une liste plutôt intéressante d’idées, certaines simples, certaines qui nécessiteraient le budget de annuel de l’Elysée pour créer le décor, et une sort du lot.
Elle plaît à tous et fait très vite l’unanimité.

Un hôpital psychiatrique dans les années 50.

Le thème est posé !

Deuxième travail : réaliser une veille sur la thématique (1h15) avec les ordinateurs

Chacun fouille sur le net, des images, des articles, des articles scientifiques, tout est passé au crible et les étudiants notent leurs trouvailles sur des feuilles qui pourraient servir ou être inspirant pour poser notre escape game.

Troisième travail : mettre en commun (45 min)

Travail en extérieur

Travail en extérieur pour le cours

Il fait tellement beau dehors que je propose à tout le monde de descendre travailler sur les tables de pique-nique (oui en Février on peut bosser dehors en t-shirt sur des tables à Brest même 🙂 ).
De plus, pour ces 2 jours de travail, je souhaitais qu’ils utilisent au minimum leurs ordinateurs, j’avais même prévu des feuilles de papier, des crayons, des post-it (désolée pour la planète).

On descend en extérieur, ça vapote, ça boit des cafés, lunettes de soleil et casquettes au programme mais ça échange dans une atmosphère détendue !
Chacun explique ce qu’il a trouvé, ce qu’il a lu, ils s’écoutent, ne se coupent pas car ils sont intéressés. Quand un sujet est abordé, je demande si d’autres ont vu / lu des choses sur des thématiques identiques et ils rebondissent spontanément.
Les sujets s’épuisent, on stoppe la mise en commun.

Quatrième travail : réfléchir à des énigmes à l’aide des éléments retenus lors de la veille (2h)

Nous avons déjà réfléchi à quel serait le synopsis du jeu. Quel objectif pour les participants.
Une fois cela défini assez rapidement, le reste de l’après-midi a été de réfléchir à des énigmes à partir des éléments qu’on avait retenu et qui nous plaisaient.
Un plan des salles a commencé à être ébauché grossièrement avec 2 salles.
Nous arrivons à sortir 30 énigmes environ et 2 énigmes fils rouges.

Fin de la première journée.
Les étudiants sont partis du jardin en me disant tout sourire “Merci et à demain !”

Jour 2

Cinquième travail : parcours utilisateur (3h)

Retour en salle de classe (les matinées sont froides en Février, et le paperboard et le tableau s’imposaient).
On se dit que pendant toute la durée de l’escape game, ce serait génial de mettre une musique de fond.
Un étudiant demande quel type de musique passait dans les années 50. Je lance une playlist “Musique US années 50), on travaille avec un fond musical à base de The Marvelettes, Elvis Presley, Chuck Berry et j’en passe.
A l’unanimité, on se rend compte que la musique de fond nous plonge dans l’ambiance de notre thème et tout le monde est très stimulé.

Les grandes lignes ont été posées la veille. Je commence toutefois à m’inquiéter quand à la possibilité d’avoir un rendu relativement complet le soir vu la quantité de travail à fournir encore.

Nous réalisons une carte heuristique sur le tableau et un parcours utilisateur avec des temps estimés passés dans chaque pièce souhaités.

Le paperboard est une maquette des pièces avec les objets utiles aux énigmes potentielles, le fond musical nous aide énormément à se projeter, c’est génial.

On écrit, on efface, on débat, je les aiguille sur des contraintes, des problématiques, sur le fait que l’escape game ne doit pas être linéaire, sinon on s’ennuie et on ne peut pas jouer à 5.

3h plus tard, l’idée générale plaît à tous.
On prend le tableau en photo, on décroche notre plan des salles du paperboard.

Pause déjeuner
Retour sur les tables de pique-nique en extérieur pour l’après-midi.

Sixième travail : Finaliser tout le parcours utilisateur et les énigmes (3h30)

Nous devons alors coller les énigmes sur le parcours utilisateur et poser sur papier l’intégralité des énigmes et des objets nécessaires (travail sans ordinateur, on fait un Powerpoint sur papier) pour le déroulement du jeu.

La finalité est d’avoir un document qu’on pourrait fournir à un réalisateur d’escape game pour qu’il puisse le mettre en place ou qu’ils puissent eux-même le réaliser avec l’école.

3h30 plus tard, ce document est prêt.

Les étudiants réclament qu’on fasse une nouvelle partie d’Unlock, je leur annonce qu’il reste que 40 minutes de cours… et que le jeu prend 1h environ mais sûrement plus si on galère avec le scénario niveau 2.

Ils annoncent qu’ils veulent bien finir plus tard.
Un étudiant n’étant pas là, je fais la partie avec eux (6 joueurs max sur mon Unlock).

Fin du cours avec 35 minutes de retard.

Les étudiants tout sourire me remercient encore une fois pour ces 2 jours.

On est tous super contents du rendu et on admet qu’en réalité on n’a qu’une envie c’est de le tester 🙂

Jennifer Ogor

Associée de l'agence b.